Je suis comme une montagne

Les Deux Alpes, le 7 avril 2017

 

Je suis comme une montagne

 

Semaine de ressourcement. Retour aux sources.

 

De la terrasse ensoleillée, je vois le pied des montagnes. La neige fond doucement et révèle les prairies de la vallée encore timides. Le soleil est généreux et me chauffe les bras et les mains qui tapent sur le clavier.

Aujourd’hui, je me sens comme ces montagnes qui m’entourent.

Fragile d’abord. 

 

Comme ces chemins escarpés, ces sommets balayés par le vent et soumis inlassablement à l’érosion. Moi aussi je suis soumise aux éléments, aux forces de la nature qui me balaient et font changer les reliefs de mon humeur. 

Un jour soleil. Un jour tempête. Le vent de la colère souffle dans mon cœur et provoque une avalanche de larmes. Puis, un peu plus tard, la paix m’inonde et irradie dans tout mon corps comme quand je regarde ces immaculées étendues de neige où aucun skieur, même le plus fous, n’onsent s’aventurer.

 

Immense aussi.

 

Je recèle tant de secrets enfouis. Dans des grottes, des crevasses, des passages secrets. Des histoires que je n’ai jamais racontées. Des rêves auxquels je n’ose pas vraiment croire… jusqu’à ce qu’ils se réalisent. Là, sous mes yeux.

La montagne aussi est mystérieuse et vous surprend toujours. Comme ce matin.

 

J’étais montée au sommet, à 3200 mètres et je ne voyais plus de moyen d’aller plus haut. Pourtant des conversations reçues en bribes m’avaient fait à croire qu’il y avait un moyen d’atteindre le sommet du glacier. A 3600 mètres. 

Je regardai autour de moi. Rien. Pas de télésièges ni de télécabines. Nada. J’avais dû me tromper.

 

Quand arriva un homme sur ses skis qui s’arrêta à ma hauteur et me dit : « Vous vovez la petite entrée-là ? c’est un ascenseur, prenez-le et en bas, vous trouverez le funiculaire qui vous emmènera au sommet du glacier ». Je me dirigeai vers la cabine où un ascenseur extérieur dévalait d’une centaine de mètres vers un petit bâtiment en béton. Un funiculaire ? où ça ? Sceptique, je regardai dans la direction du glacier beaucoup plus loin, me répétant à nouveau que j’avais dû mal comprendre. 

Ah… se faire confiance, tout une histoire. 

 

Arrivée au pied de l’ascenseur, des flèches m’indiquèrent en effet l’entrée d’un autre chemin : accès vers le funiculaire. Un train souterrain dans un tunnel de centaines de mètre creusées dans la roche. Train qui m’emmena à grande vitesse et me recracha tout en haut : à 3600 mètres. Au sommet du glacier. J’y étais pour de vrai.

 

Le chemin était là devant moi. Juste caché aux yeux des sceptiques. Sous la terre mais bien là. 

La vue était somptueuse. Le Mont-Blanc en point de mire et la chaîne des Ecrins. Je cours dans la neige comme une petite fille de 7 ans. Joyeuse, éclairée, jouette. Le bruit de la neige me fascine. Ca craque, ça chante. Je vais jusqu’au point de vue : une passerelle en caillebottis suspendue dans le vide. Face à face avec les falaises glacées. Je prends mon courage à deux mains et j’avance sur le métal. Face à elles, je me sens si petite. 

 

Elles, là depuis des millions d’années. Moi, petit bout de femme à peine née.

Elles, si fortes et si imposantes. Moi, un petit bonbon acidulé dans mon anorak coloré.

Elles, majestueuses et silencieuses. Moi, fière d’être là, fière d’être moi et bien déterminée à conter mon histoire.

 

Oui je suis comme une montagne. 

 

Forte et digne.

Eternelle et éphémère.

Calme et tourmentée.

Pure et sombre.

Visible et cachée.

 

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